Histoire de vie et choix théoriques

Le séminaire « Histoires de vie et choix théoriques ».

Un exercice difficile, passionnant, parfois surprenant.

J’ai inauguré et anime le séminaire « Histoires de vie et choix théoriques » au Laboratoire de Changement Social depuis 1994. Les intervenants, principalement chercheurs dans le champ des sciences humaines et sociales mais parfois aussi dans les sciences dites « dures », se présentent à partir d’une consigne : « Quels rapports faites-vous entre votre histoire (personnelle, familiale, sociale) et vos choix théoriques, épistémologiques, méthodologiques ». Ces histoires mises bout à bout dessinent un paysage intellectuel, un ensemble, une gestalt, un contexte à partir duquel on voit émerger, au delà de la présentation des auteurs, des questions théoriques, des objets de connaissance, des débats épistémologiques.

L’idée de ce séminaire est reprise d’un groupe d’implication et de recherche que j’anime régulièrement sur le thème « Ce que je crois – Roman familial et trajectoire idéologique ». Ce séminaire explore la construction de l’idéalité, des croyances, des valeurs et des idéaux à partir de l’analyse du roman familial et de la trajectoire socio-idéologique des participants. Dans cette perspective, nous avions conçu un séminaire sur le thème « roman épistémologique et migrations théoriques » avec Max Pagès, Claude Revault d’Allonnes, Jacqueline Barus-Michel, Ruth Khon, Klimis Navridis, Michel Legrand, Francis Loïcq, Serge Tisseron, au cours duquel chacun présentait sa trajectoire socio-idéologique qui était « mise en question » par les autres. Il s’agissait de co-construire une exploration à la fois individuelle et collective de nos façons de faire de la recherche, les noyaux durs de nos orientations théoriques, de nos valeurs, de nos « obstinations durables », selon la belle expression d’Anne Muxel.

Ce séminaire a quatre objectifs. Il constitue : – une forme de formation permanente au sein du laboratoire en invitant des professionnels à exposer leur façon de faire de la sociologie et leurs opinions théoriques et méthodologiques ; – un espace convivial de rencontre entre collègues de la communauté scientifique ; – un espace de réflexion sur l’intérêt et les limites de la méthode biographique ; – un espace favorisant l’introduction à l’université d’une démarche clinique en sociologie.

Les intervenants ont été ou sont des collègues de Paris 7, des compagnons de route et des chercheurs éminents : Anne Ancelin-Schützenberger, Pierre Ansart, André Marcel d’Ans, Jacques Ardoino, Nicole Aubert, Christian Bachmann, Georges Balandier, Jacqueline Barus-Michel, Guy Berger, Raymond Boudon, Pierre Bourdieu, Daniel Bertaux, Judith Butler, Alain Caillé, Robert Castel, Monique Chemillier-Gendreau, Michel Crozier, Boris Cyrulnik, Sophie Dayan-Herzbrun, Sabine Delzescaux (pour Norbert Élias), Philippe Descola, Pascal Dibie, François Dubet, Jean Duvignaud, Eugène Enriquez, Jeanne Favret-Saada, Pierre Fougeyrollas, Marcel Fournier (pour Marcel Mauss et pour Émile Durkheim), Marcel Gauchet, Jacques Généreux, Florence Giust-Desprairies, Roland Gori, Claudine Haroche, Nathalie Heinich, Françoise Héritier, Jean-Marc Lévy-Leblond, Edgar Morin, George Lapassade, Danièle Linhart, Danilo Martuccelli, Dominique Méda, Serge Moscovici, Gérard Namer, Numa Murard, Klimis Navridis, Max Pagès, Jean-Claude Passeron, Michèle Perrot, Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot, Jacques Rhéaume, Renaud Sainsaulieu, François de Singly, Benjamin Stora, Etienne Tassin, Jean-Pol Tassin, Irène Théry, Alain Touraine, Jean-Pierre Vernant, Anne Vincent-Buffault ou encore Michel Wieviorka.

La plupart des interventions ont été publiées dans la collection Changement social, aux éditions L’Harmattan.

 

J’ai moi-même participé à cet exercice à la fois intime, clinique et réflexif. Il a donné lie à la publication d’un article, en 1996, sous le titre S’autoriser à penser. Une suite à ce récit autobiographique est attendue prochainement…